jeudi 18/04/2013 - une rencontre confrence avec Georges Ferr pour la dgustation de son dernier livre

 

 

Jeudi 18 avril chez AMPELOS de 19h30 à 23h

Début de la conférence à 20h

* Suivra une dégustation de vins italiens, animée par Valentina, pour qui les nectars de son pays n'ont aucun secret.

 

 

Votre sommelier caviste de la rue de Bourgogne vous invite à  une conférence-diaporarama sur un thème d'actualité avec Georges Ferré, historien, professeur d'histoire, conférencier, auteur de plusieurs ouvrages qui vous proposera un voyage symbolique et spirituel à travers trois religions monothéistes : le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam.

Le vin occupe une place très importante dans les grandes religions révélées que sont le judaïsme, le christianisme et l'islam. Il est réminiscence de la Terre promise lors de la bénédiction du shabbat juif, l'une des deux espèces sous lesquelles le Christ se fait chair lors de la consécration du prêtre pendant l'eucharistie, la boisson divine réservée aux élus dans le paradis d'Allah.

En s'appuyant sur différents textes sacrés, la théologie, l'exégèse, l'histoire sainte tout court, Georges Ferré tentera d'appréhender l'influence du fruit de la vigne, tant dans l'imaginaire religieux que dans les rituels et la vie quotidienne. Dans cette aventure historique, religieuse et viticole, il a choisi un cheminement chronologique, de Noé à nos jours, où il mettra en scène les grands personnages de la Bible, du Coran et de la Cité - patriarches, prophètes, théologiens, évêques, moines, califes, imams, mais aussi la grande foule des anonymes - à travers les banquets, les liturgies, les moeurs.

Un peu d'histoire...

Vin et Judaïsme :

La Thora est comparée à quatre boissons : l'eau, le lait, le miel et le vin. L'eau est simple et claire. Le lait est la loi, car il nourrit. Le miel, parce qu'il est sucré, est assimilé à l'interprétation. Le vin yayin en hébreu, symbolise le secret sod, d'autant que la valeur numérique du mot "vin", en hébreu, est de 70, comme le mot "secret" - symbolise le Sanhédrin, la sagesse. Le vin est donc comme la perfection de la Bible, sa couronne et son accomplissement.

Et si l'objectif des hommes était de tenter de faire régner en ce monde l'esprit des temps messianiques ? Nous avons au moins le moyen de nous en approcher en dégustant un bon vin en bonne compagnie, ce qui est une promesse de partage. Or, le paradis, c'est lorsque des hommes se rencontrent et se découvrent frères.

Le vin bien compris peut-être ce chemin de vie, lui qui est rouge comme le sang, transparent comme l'eau, rose comme les lèvres de la bien aimée, doré comme le miel, carmin comme les fruits, divers comme le destin. Salomon, "sage parmi les sages", développe dans l'Ecclésiaste une étique du savoir boire : "Le vin, c'est la vie pour l'homme, quand on le boit modérément... Gaieté du coeur et joie de l'âme, voilà le vin qu'on boit quand il faut et à sa suffisance."

Vin et Christianisme :

C'est par l'organe médiateur de la langue et de son habitude, avec le palais et son liquide circulateur et révélateur, la salive, que nous devenons capables de découvrir la Saveur ; "Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur !" dit le psaume. L'objet du goûter est ce qui est bon : "... et Dieu vit que cela était bon" (Genèse). Dans le sens le plus large, on goûte la beauté du jour et celle de la nuit, la nature, les animaux... tout ce qui est créé par la Bonté divine. Toute forme de bonté participe à la parfaite Bonté de Dieu, ce qui revient à dire que goûter et célébrer ce qui est bon pour la Création est action de louange, de prier, de célébrer le Créateur. Dans le sens plus précis qui nous retient, nous pourrions réfléchir à ce que nous savourons par la bouche, par le goûter.

Passer du goûter à savourer c'est un peu comme passer du regarder à admirer, cela suppose qu'au-delà de la minute où l'objet a retenu notre attention, nous fassions mouvement, nous sortions de nous-mêmes pour approcher de l'objet  afin de le mieux considérer, sous tous les angles, selon la variété des éclairages, du cadre et du renvoi des couleurs qui le font exceller dans sa beauté originelle, ou bien se fondre et s'estomper. Peut-être que le désir et la saveur d'un bon vin nous portent plus loin que la satisfaction immédiate et que ce vin désiré encore devient le signe d'un désir plus infini et pas encore atteint, afin de le désirer encore.

Vin et l'Islam :

Les composantes géographiques d'un territoire (climat, topographie, végétation, démographie, etc.) influencent les évènements historiques, la naissance des civilisations et des croyances. C'est vrai de l'islam. Depuis l'antiquité, le vin est considéré au Proche-Orient comme un produit noble, voire divin. Il est au coeur des croyances préislamiques qui considèrent généralement le vin comme un liquide purificateur, "le sang de Dieu" : en Mésopotamie (sang des dieux Mordoukh et Bâal), en Phénicie (sang d'Adonis) et surtout en Egypte où le sang du Dieu Osiris est assimilé  au vin, tandis que son corps est assimilé au limon du Nil fertilisant la terre d'Egypte chaque année pendant la crue.

Dans l'Arabie préislamique, terre d'émergence de l'islam le vin est un signe de richesse de générosité et de bienveillance source d'inspiration des poêtes préislamiques qui chantent ses vertus : "je bois du vin, écrit Antara, à l'heure ou la canicule bat son plein, dans une coupe ornée et sculptée...et lorsque je me réveille de mon ivresse, je n'hésite pas à faire un don." Durant cet "âge d'erreur et d'ignorance", le vin égaie les soirées bédouines, notamment celle de l'aristocratie mecquoise, qui aime les soirées bien arrosées dans les jardins au clair de lune.

Durant la saison des pélerinages, le vin est utilisé comme liquide purificateur d'Al Ka'ba, au coeur de La Mecque. Il sert à laver et nettoyer ses murs, son plafond et son sol, selon un rituel que l'Islam a aboli.

L'islam naît donc sur une terre qui vénère le vin. Mahomet que l'on décrit comme un abstème, ne semble pas totalement indifférent à la valeur mystique du vin puisqu'il le place au coeur de la promesse paradisiaque. Car au même titre que les hooris et autres douceurs célestes, le vin est destiné au croyant fidèle après sa mort.

Dans les premières sourates mecquoises, aucune hostilité envers "le sang de la grappe" qui participe avec le lait, le miel, à l'orchestration bienheureuse d'une création divine, faite pour le bonheur de l'homme.

Changement de ton à Médine, où le prophète, à la tête d'une communauté de plus en plus importante, sépare le vin des autres boissons, du fait de l'ivresse et de ses effets désastreux.

L'interdiction faite aux musulmans de consommer du vin ou toute autre boisson alcoolisée apparaît dans le Coran au terme d'une évolution. Les croyants interrogent d'abord le Prophète Mohammed sur l'alcool et les jeux de hasard : il leur répond que ceux-ci possèdent des vertus et des vices. Puis, le Coran interdit l'alcool pendant le temps des prières. Enfin, dernier verdict, le Coran ordonne aux musulmans de ne pas "approcher l'alcool" ainsi que les jeux de hasard, car ils sont les oeuvres du diable et source de litiges et de haines. Mais d'autres motivations peuvent expliquer cette interdiction, comme la préservation de l'équilibre physique et mental dans une région marquée par la chaleur et la fermeture totale des portes des maisons, ce qui peut conduire à de néfastes excès, à la dégradation de l'être humain et à la perte de raison.

Puis dans les versets 90 et 91, de la Sourate V, le vin devient une oeuvre du démon et suprême péché puisqu'il détourne de Dieu ! Plusieurs Hadiths, - paroles du prophète - proscrivent tout rapport avec le vin, tant au niveau de la production que de la vente.

Enfin, une question doit être posée : l'interdiction de l'alcool en Islam est-elle absolue ou relative ? Elle est relative  selon le principe de la nécessité et de la force majeure. Dans ce cas, elle tombe et l'alcool est ainsi autorisé comme remède ou fortifiant vital.

La transgression des règles imposées, la dialectique de la liberté de boire et de la contrainte du péché, semblent grande chez les descendants d'Ismaël, où le vin donne lieu au Moyen Age à une culture de l'ivresse, à un art de vivre, mis en oeuvre par les lettrés et les poètes soufis qui écrivent les plus belles pages de la littérature arabo-persane. C'est un hommage qui  n'a jamais faibli , tout juste réprimé, ici ou là et encore de manière passagère et parfois à contrecoeur.

Aujourd'hui, malgré un raidissement moral sensible du monde musulman, il existe toujours un engouement pour le vin. Prégnance de l'héritage préislamique ? Goût de l'interdit ? Signe d'émancipation ?

Nous vous attendons nombreux pour cette belle soirée de partage du vin à travers l'histoire des religions au cours de laquelle Georges Ferré pourra, si vous le souhaitez, dédicacer son dernier livre : "l'âme du vin"  Editions Dervy que vous pouvez déjà retrouver sur son blog : http://ame-du-vin.fr et déguster sans modération ...

Une participation de 20 € est sollicitée