Le talent d’un créateur commence dans l’enfance et s’établit par des métamorphoses successives. Cela fait penser au mouvement profond de la nature : le bourgeon disparaît dans la fleur qui s’incarne dans le fruit lequel, à son tour, s’anéantit dans la plante victorieuse.
Ces étapes se concrétisent en influences : j’en retiendrais deux, qui me paraissent les plus significatives pour saisir la personnalité d’Eric Douetté.
La naissance, d’abord !… parce qu’il est le fils d’un ébéniste, il connaît, d’emblée, la rigueur qui va structurer sa personnalité. On ne badine pas sur l’impératif de l’excellence dans la famille. S’y ajoute une grande humilité mais, surtout, l’ouverture au monde.
Il y aurait une intéressante lecture à faire des empreintes gravées dans l’esprit d’un gamin, puis d’un jeune homme sensible, par cette ouverture loin du vase clos de sa petite ville natale de la Mayenne.
Empreinte… reprenons le mot qui décrit aussi, très justement, la seconde influence qui l’a marqué.
Nul créateur ne conçoit et réalise son œuvre dans la virginité d’un talent inné. Création est aussi re-création car y entrent de multiples apports.
Il intégrera la célèbre école Boulle à Paris pour cinq années d’études où il s’épanouira et étudiera en passant dans les divers ateliers (ébénisterie, sculpture, menuiserie en siège, dessin, histoire de l’art, etc.) avec une spécificité fondamentale, l’apprentissage et la réalisation en agencement de projets de décorations et ses techniques spécifiques (gestion des volumes, agencement).
Diplômé Architecte d’Intérieur de l’école Boulle en 1985, Eric Douetté lance sa carrière en créant sa propre structure. En volant de ses propres ailes, il n’a pas droit à l’erreur. Loin de l’effrayer, les difficultés le stimulent.
« Ce qui me plaît dans ces chantiers si différents, c’est la remise en cause permanente. L’exigence de compétence, c’est la seule façon de faire des choses, rappelle-t-il. Prendre des risques, ne plus baser mon travail sur une seule écriture, œuvrer dans la diversité en inventant un décor contemporain ou en interprétant à ma façon un cadre historique : c’est plus qu’un défi, c’est un bonheur.»
Impossible de parler d’un style particulier puisqu’aucun décor n’est semblable à un autre, puisque l’architecte d’intérieur ne sacrifie rien aux caprices des modes et des tendances, qu’il peut passer avec brio du néoclassicisme au minimalisme, qu’il aime les meubles en marqueteries et le design ! « la créativité n’a ni date, ni frontière, dit-il. Il se plaît à mélanger les styles, à apporter des touches de modernité dans le classicisme ! Il dit créer des mélanges fédérateurs… »
Caractéristique du travail d’Eric Douetté, son éclectisme. Au sortir de l’école Boulle, il se lance dans des réalisations de décors pour des malouinières* en Bretagne, divers restaurants, bars, hôtels ainsi que de nombreuses boutiques telles que votre cave Ampelos à Paris 7e mais aussi pour des boutiques de chocolat (Servant), lingerie (Wolford), optique sans oublier de nombreux appartements de particuliers connus ou inconnus du grand public en France, mais aussi à l’étranger.
Pourtant, avec une modestie sincère, il ne revendique jamais les raisons de sa notoriété auprès de ses clients et rappelle les grandes lignes de son métier, une profession où imagination, connaissance et conscience sont étroitement liées.

Hall d'entrée de l'hôtel de Varenne, 44 rue de Bourgogne, 75007 Paris
La fonction d’un architecte d’intérieur, dit-il, est d’aménager des espaces privés et publics en créant des lieux agréables selon les souhaits de ses clients. Après avoir étudié le cahier des charges, il leur fournit des croquis et des plans afin qu’ils visualisent les futures transformations. Puis, avec l’accord du client, l’architecte d’intérieur réunit les différents corps de métier et dresse un programme de chantier pour s’assurer du bon déroulement et du suivi des travaux. C’est lui, en tant que maître d’œuvre, qui orchestre la globalité du chantier, en se reposant sur sa propre équipe. Cumulant un sens de l’observation, un sens pratique et des dons artistiques, il doit en outre s’intéresser à la technologie de pointe comme aux dernières tendances du design. Prenant en compte des fonctions radicalement différentes, il en fait la synthèse pour les intégrer à ses réalisations. Chaque projet est une création qui correspond à une vision esthétique, respectueuse du passé, d’un art de vivre contemporain : l’art de réussir un espace de vie sur mesure.
Au cours de sa carrière, Eric Douetté a appris qu’usage et beauté vont de pair, qu’esthétique et éthique sont étroitement liées. Ainsi, la gestion rationnelle des espaces de rangement, le choix de matières nobles pour les objets utilitaires – de la robinetterie au meuble d’appoint – améliorent le mode de vie au quotidien. Simplifier revient à embellir, souligne-t-il. Plus le décor est simple, plus la qualité s’impose, plus l’espace est réduit, plus il faut accorder une attention scrupuleuse aux détails.
« Les principes appliqués aux décors de luxe restent les mêmes pour aménager une maison privée ou un appartement ! L’alternance de subjectivité et d’objectivité, de raison et d’émotion, d’instinct et de réflexion, suffit-elle à expliquer le secret d’une décoration réussie ? » Eric Douetté fait une pause avant d’ajouter : « Le génie du lieu reste la source principale de mon inspiration. Il y a toujours une histoire à raconter dont je me sers pour définir les thèmes forts. »
Ce qui n’est un secret pour personne, c’est l’énergie passionnée qui pousse ce perfectionniste et jusqu’au-boutiste à se remettre en cause et à vaincre les contraintes, c’est l’amour du travail bien fait ! On ne fait bien que ce que l’on aime.
* Une malouinière est une vaste demeure de plaisance construite par des armateurs de Saint-Malo aux XVIIe siècle et XVIIIe siècle. On en compte 112 dans un rayon de 12 km autour de Saint-Malo.
Eric Douetté
Architecte d’intérieur
Diplômé Ecole Boulle
Eric.douette.archi@orange.fr
06 43 18 42 60