Histoire du vin et le vin dans l’histoire -La fin de la liberté et le rétablissement des droits

Aussi est-ce dans une indifférence assez générale que la pression fiscale est rétablie sur les vins. Mais elle est infiniment plus modérée.
Le rétablissement des octrois est autorisé par une loi de décembre 1798 et les vins et eaux-de-vie sont les premiers produits concernés. Avec une taxe modérée de 3 à 4% sur les vins et de 10% sur les alcools, on est très loin des excès de l’Ancien Régime. Le régime juridique de l’entrepôt permet aux grossistes de n’acquitter la taxe d’entrée qu’après avoir revendu les produits aux détaillants.
L’octroi au XIXe siècle est dit « municipal de bienfaisance » et son produit doit être théoriquement affecté à des emplois d’aide sociale. En fait, il entre, environ pour moitié dans les recettes de la ville. Sa modicité n’incite pas à la fraude et statistiques qui seront régulièrement dressés pendant tout le XIXe siècle, jusqu’à sa suppression généralisée autour de 1900, permettent désormais aux historiens de restituer fidèlement les consommations urbaines de vin comme des autres denrées ou matériaux.
L’administration des Droits réunis, reconstitués en 1804, met en place une taxe unique sur les boissons. Elle est alors de 2 à 3% selon les cas, huit fois moins lourde que les aides de l’Ancien Régime; même moins tatillons qu’au XVIIIe siècle, les contrôles seront encore mal supportés par les producteurs et l’image négative du « rat de cave » persistera au XIXe siècle et sans doute au-delà…
La liberté de circulation du vin ne fut donc qu’éphémère, mais les symboles de ce vin de la liberté survivront très largement à la Révolution. Le vin rouge commun du petit peuple s’est trouvé promu au rang de boisson égalitaire, républicaine et patriotique. Le vin des cantinières anime l’ardeur guerrière des défenseurs de la patrie en danger de 1792-1793 et des conquérants de l’Europe, de 1794 à 1814, tout comme le vin de la Madelon soutiendra le moral des poilus de 1914-1918. Le luxe ostentatoire de boire des grands vins a été proscrits de 1792 à 1795, mais il s’affiche à nouveau sous le Directoire avec les muscadins et les incroyables avant de s’imposer à la cour impériale et dans tous les salons parisiens. La province suit toujours.
On retrouvera donc au XIXe siècle les mêmes clivages sociaux et culturels dans les choix et les usages du vin.

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