Histoire du vin et le vin dans l’histoire – La suppression des octrois

C’est en réclamant du pain et non du vin que les femmes de la capitale vont, le 5 octobre, chercher le roi à Versailles et installent le 6, aux Tuileries « le boulanger, la boulangère et le petit mitron ».

Au demeurant, les effets réunis de la Grande Peur de juillet, de la nuit du 4 août et des décrets du 11 août ont disloqué tout l’Ancien Régime féodal et fiscal et mis fin virtuellement à la perception des droits et péages et à la fiscalité indirectes des aides.
Plus personne ne les exige, plus personne n’accepterait de les payer. Mais les octrois subsistent. Ils sont même devenus une recette d’autant plus nécessaire pour les budgets municipaux que ceux-ci s’alourdissent de dépenses nouvelles.

C’est à Lyon, une fois encore que la question est à nouveau posée.(1) Sur le plan théorique par Roland de la Platière, le futur ministre de l’intérieur en 1792, qui propose de les remplacer par un impôt sur les loyers urbains. Dans la rue, par de nouvelles émeutes devant les portes de la ville : le 19 juillet 1790, des commis sont molestés et un suisse du régiment de Sonnenberg est lynché à mort et pendu. Les rumeurs les plus folles courent sur les brigands qui empliraient la ville.
Une nouvelle émeute éclate le 26 juillet et c’est devant l’hôtel de ville que la foule en colère s’amasse. La municipalité débordée décide la suppression des octrois mais la mesure sera rapportée par l’Assemblée nationale.
C’est dans cet été 1790 et d’abord sur cette question des octrois que se fondent les premières sociétés populaires et leurs clubs qui siègent dans les guinguettes des Brotteaux, de la Guillotière et de Vaise; tous ces cabarets restent ouverts tard dans la nuit et le dimanche entier, car les règlements municipaux ne sont plus appliqués.
A Paris, on est plus préoccupé du pain qui se fait rare et cher. Le débat sur l’octroi s’engage cependant à l’Assemblée nationale et c’est Etienne Chevalier, vigneron d’Argenteuil, qui retourne la majorité, le 15 février 1791, par un très beau discours, où il associe habilement les difficultés et les besoins des consommateurs(2). Le 19 février, l’Assemblée nationale prend le décret tant attendu de suppression de tous les octrois existant dans le royaume : son application est différée au 1er mai 1791. Un bourgeois parisien fort modéré note dans son journal que ce « grand décret » est un « rude coup pour tous les écraseurs du peuple » et que l’on va enfin pouvoir entrer dans Paris « comme dans un village » (3)
L’enlèvement symbolique des barrières et la fermeture des bureaux sont fixés à minuit. La veille, marchands et paysans ont formé devant les portes de longs convois de véhicules et la foule s’est rassemblée pour voir et pour boire.
La nuit du 30 avril au 1er mai, à minuit, un coup de canon annonça la chute de toutes les barrières. On vit s’avancer en même temps, de Villejuif, de la Maison-Blanche, du Petit et du Grand-Gentilly et de tous les environs, des bandes joyeuses accompagnant, non comme escorte, mais comme cortège triomphal, l’immense quantité des voitures, qui, en station sur toutes les routes, n’attendaient que le moment où les murs de Paris allaient tomber devant elles pour leur ouvrir le passage. Avec cette multitudes couronnée de lauriers et de rubans aux trois couleurs, entrèrent à la file à peu près pour 270 839 livres d’eau-de-vie d’Orléans, 341 chariots de vin (4)…
La municipalité a fait de son mieux pour faire tourner la tête au profit de sa popularité; Bailly(5) s’est montré à toutes les barrières et la musique de la garde nationale a fait ce jour-là le tour des murs, suivie d’une foule de peuple immense qui toastait fréquemment.

Éphémère griserie pour une éphémère réconciliation du peuple et des autorités : le 17 juillet, le sang des cinquante victimes des salves de la même garde nationale ensanglantera le Champ-de-Mars.

(1) Voir, entre autres, la récente synthèse de L.Trénard, La Révolution française dans la région Rhône-Alpes, Paris, 1992.
(2) Discours repris dans une brochure, Réflexions sur l’agriculture, Paris, 1790
(3) Journal de C.Guittard de Floriban, Pariis, France-Empire, 1974 op. cit. p.166
(4) Numéro 76, du 9 mai 1791. Cité par J. Nicolas, op cit, p. 166
(5) A vingt muids par chariot, cela fait environ 20 000 hectolitres, la consommation d’une semaine. Bailly est le maire de Paris depuis le 15 juillet 1789.

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