L’origine du vin dans l’histoire – du vin païen au vin chrétien

Terminons ces différents posts de  » l’amour du vin  » chez les Gaulois par la mémoire du vin et de la religion en Gaule.

Les vases, les cratères, les coupes et les cornes à boire qui emplissent les tombes des princes celtes devaient accompagner et faciliter le dernier voyage et le passage dans l’au-delà.
B. Bouloumié insiste sur l’usage fréquent des amphores à vin comme urnes funéraires. Le vin assure sinon l’immortalité, du moins une longue survie des âmes après la mort.
Il paraîtrait naturel que Bacchus-Dionysos, dieu du vin, mais aussi de la transgression et de l’espérance, soit accueilli favorablement dans le panthéon gallo-romain. Observons cependant que la pénétration puis la conquête romaine se font à une période où la sévère république de Postumius (1) , puis de Caton et de Jules César lui-même, s’efforce de contenir les débordements du dionysisme oriental. Le relâchement et la  » romanisation  » de Dionysos sont reportés au début de l’Empire.

Quoi qu’il en soit, l’introduction du culte de Bacchus en Gaule romaine est tardive (II e siècle après J.-C.) et infiniment moins large et multiforme qu’en Italie ou en Afrique du Nord. Les vestiges archéologiques sont rares et n’attestent pas l’existence d’un véritable culte aux dimensions mystiques.
C’est le dieu de la vigne et des vendanges qui est seulement célébré; la statuette retrouvée en 1880, rue des fossés-Saint-Jacques, et datée du III e siècle, le représente, jeune et nu, dans un entrelacs de feuilles de vigne et de grappes de raisin; il était donc honoré au cœur du premier petit petit vignoble parisien, sur le Mons Lucotitius, future montagne Sainte-Geneviève, dont, à la fin du IV e siècle, l’empereur Julien vante la qualité du vin et dont Probus autorise la plantation aux Parisii en 281.
L’apôtre Denis, zélateur du culte chrétien à Lutèce, porte le nom de Dionysos et ses deux compagnons de martyre, Rusticus et Eleutheros ont des noms d’épithètes bachiques.
En revanche, on le sait, la Gaule fut très précocement et très intensément christianisée. Puisque le vin est le sang du Christ et la matière de la transsubstantiation, selon les paroles fondatrices de la Cène, sa consommation rituelle ouvre la voie de la vie éternelle. Le vin est à la vigne ce que le sang est au corps, et la cuve-sarcophage symbolise l’acte de séparation et de passage, en assurant au défunt un bain d’immortalité.

Mais très vite, un peu comme la sévère République romaine à l’égard des cultes dionysiaques importés en Italie au II e siècle avant notre ère, l’Eglise chrétienne constituée s’efforce d’éliminer les éléments païens qu’elle avait dû intégrer à l’origine. Les évêques vitupèrent dans leurs sermons contre l’ivrognerie qui use les corps et dégrade les âmes. Les paysans boivent trop car leur nourriture est trop salée. La pratique des toasts portés aux vivants, aux morts et même aux anges et aux saints conduit vite les riches à l’ébriété. C’est parce qu’il a trop bu (de vin d’Anjou) que, selon Grégoire de Tours, le diacre Théodulf se tue en tombant du haut des remparts d’Angers. Et l’implacable évêque de Tours dénonce même l’ivrognerie de ses pairs, les évêques Cautin de Clermont, Eunius de Vannes, Droctigisile de Soissons.

Tandis que se prolonge jusqu’au temps des invasions l’image reçue du buveur gaulois, d’autres topoi sont ainsi constitués, celui du vin divin comme celui du prêtre ivrogne. On les retrouvera.

(1) Postumius : Consul qui, selon Tite-Live, exerça une particulière vigilance à l’égard des Bacchanales et les fit interdire en 186.

Ampelos : partageons la culture du vin.

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